17 Mar 2021

Interview avec Beija Jeanzac

Nous continuons la série d’entretiens avec les enseignant.e.s EPF.  Aujourd’hui, l’invité de la rubrique « L’interview » est Beija Jeanzac, enseignant sur le campus de Sceaux, très apprécié des étudiant.e.s.

Une élève de première année le décrit comme “un très bon prof, qui explique bien. Même pendant le confinement, ses cours ont été très agréables à suivre. Il prend le temps de nous donner plein d’astuces pour justifier ou aller plus vite. Je pense d’ailleurs que c’est un des profs avec lesquels je suis toujours contente d’aller en cours”. 

  • Bonjour Beija ! Pourrais-tu te présenter brièvement s’il te plaît ? 

Je m’appelle Beija Jeanzac et j’enseigne à l’EPF depuis plus de cinq ans à présent : en 1A les Maths Abstra et L’OMI, en 2A Les Probabilités et en 3A le cours d’analyse. 

  • Es-tu souvent amené à enseigner aux grands groupes d’étudiant.e.s ? De quelle taille à peu près ?  

J’enseigne plusieurs jours par semaine à des groupes de 30 à 40 étudiants. En ce moment, mes cours sont en comodal, avec une petite quinzaine de personnes dans la salle et tous les autres qui suivent le cours à distance grâce à l’équipement mis à disposition par l’EPF.  

  • Comment fais-tu pour rendre les étudiant.e.s actif.ve.s lors des séances ?  

Un point qui me semble important est de mettre les étudiants dans une situation de confiance, dans le sens où je les invite vraiment à poser toutes les questions qu’ils souhaiteraient poser sans jugement sur euxmême ou sur les autres. 

De ce fait je crois qu’il est important de créer un environnement dans lequel il n’y a pas de jugement, et j’insiste aussi sur le fait que nous travaillons ensemble : la séance de cours est un travail commun qui ne dépend pas que de moi. Donc, si je devais donner une image, ce serait un enseignement horizontal et non pas vertical, et pour être plus précis, ce serait un enseignement circulaire. J’essaie aussi de désacraliser la matière puisque c’est à priori une matière assez « abstraite ». Dans mon cours, “rien n’est grave”, autrement dit, les étudiants ont le droit de ne pas savoir, ils ont le droit de se tromper. L’erreur pour moi est de ne pas poser de question, quand on en a une.  

Comme les sprinteurs professionnels, les étudiants ont besoin d’être le plus détendus possible pour réussir. Mais détendu ne veut pas dire “pas sérieux”, la rigueur est toujours là.  

  • Est-ce que tu as d’autres stratégies pour rendre l’apprentissage de tes étudiant.e.s plus efficace ?  

Il est important, à mon avis, d’utiliser tous les outils à notre disposition et de les varier. Lorsque je fais un retour à un étudiant, je lui fournis la traditionnelle correction écrite, mais je vais aussi enregistrer un message vocal. La voix rend le feedback plus personnel, mais aussi plus précis, puisque je peux y donner des détails, apporter des précisions que je n’ai pas toujours le temps d’écrire. La voix crée aussi le contexte humain, rend l’enseignant plus “présent” pour l’étudiant, ce qui fait tellement défaut depuis le début de la crise sanitaire.  

J’accepte aussi les outils proposés par les étudiants, j’utilise ceux qu’ils connaissent le mieux pour qu’ils soient le plus efficients possible dans leur apprentissage. Cela demande à l’enseignant une certaine souplesse mentale. 

  • Est-ce que tu proposes aux étudiant.e.s des activités à faire en autonomie ? De quel type ?  

Cela peut être la préparation d’un exercice, la lecture d’un support de cours ou le fait de visionner des vidéos pour préparer le cours ou réviser une notion particulière. Ces activités sont obligatoires pour la plupart, mais je propose des fois des ressources complémentaires pour aller plus loin. En 3A surtout. En revanche, je ne souhaite pas infantiliser les étudiants, donc je ne fais pas d’intérro pour savoir si les activités ont été faites ou pas. Je considère que c’est la part du travail des étudiants. Mais j’ai des indicateurs indirects qui me montrent que globalement les étudiants les font vraiment.  

  • Quelles sont les activités les plus appréciées par les étudiant.e.s parmi celles que tu leur proposes ? Pourquoi, à ton avis ?  

C’est une question à laquelle je ne peux pas répondre et je pense que les étudiants seraient plus à même de le faire. Néanmoins, j’ai instauré au début de chaque séance 2 minutes 30 de travail sur la respiration, et au vu des observations et des retours que j’ai eus, je pense que c’est quelque chose qui leur fait du bien et qu’ils apprécient dans leur grande majorité 

  • Quelle est la définition que tu pourrais donner d’un.e enseignant.e innovant.e 

Je parlerai plutôt de l’enseignement que je voudrais développer ou voir développé. Dans ma pratique, je souhaite partir de l’individu et optimiser ses potentialités. Je pars du principe qu’il n’y ait pas une mais plusieurs façons d’enseigner propices à l’apprentissage, même s’il existe des règles générales. C’est vrai pour l’apprenant, c’est aussi vrai pour l’enseignant. On peut s’appuyer sur les techniques de sophrologie pour l’apprenant, sur la connaissance des neurosciences pour l’enseignant. Mais si je prends un exemple concret, si dans mon enseignement j’applique des techniques de sophrologie et j’ai de très bons retours, ce n’est pas nécessairement transposable à d’autres enseignants, puisqu’il faut aussi incarner la méthodologie. Autrement dit, la méthodologie doit être adaptée à la personnalité de l’enseignant. Et c’est la richesse de l’enseignement : chaque enseignant apporte son expérience, sa vision des choses… 

Pour revenir à la question initiale, l’enseignement que je voudrais voir se développer, c’est l’enseignement centré sur l’individu, que ce soit l’apprenant, que ce soit l’enseignant.